2 Novembre 2010
NB : Nous vous proposons deux articles à propos du mouvement de grève et de mobilisations sur les
retraites. Le premier de la direction nationale de notre mouvement est un tour d’horizon des différentes mobilisations à l’échelle
européenne montrant que notre lutte ne s'inscrit pas uniquement dans un cadre national. Le second, rédigé par un jeune chercheur de l’IEP-Paris, également membre de l’UEC, s’intéresse plus
spécifiquement aux réactions du Mouvement communiste international. Nous vous livrons les extra its les plus saillants. Ces deux articles complémentaires nous montrent à quel
point notre lutte n’est pas isolée et qu’elle est porteuse d’espoir pour l’ensemble des peuples soumis à l’austérité et à la dictature de la finance. Pour parfaire ce tour d’horizon, nous
invitons nos lecteurs à acheter l’Humanité Dimanche de la semaine du 28 octobre au 3 novembre 2010. En effet, un article traitant de ces enjeux enrichit ce tour d'horizon..
Roumanie :
Le plan de rigueur imposé par le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne (UE) provoque la colère et la riposte syndicale. La vague de protestation qui déferle sur la Roumanie depuis lundi est provoquée par les mesures « anticrise » élaborées par le gouvernement qui prévoient notamment une réduction de 25% des salaires dans le secteur public, la suppression du 13e mois, de 15% des allocations de chômage, la suppression de plus de 100 000 postes de travail dans la fonction publique dès 2010, sur fond de réduction des dépenses de santé et d’éducation, et une augmentation de la TVA de 19 % à 24%. La crise systémique du capitalisme, a entraîné une chute du PIB de 8% en 2009. Le taux de chômage est passé de 6% en 2008 à 9% en 2009 pour atteindre les 15% en 2010, tandis que l’inflation a dépassé les 5% ! Plus de 80.000 personnes manifestent mercredi 27 octobre à Bucarest en réclamant la démission du gouvernement suite à l’adoption par ce dernier de mesures d’austérité jugées trop rudes, rapportent les médias locaux. Les participants à cette journée d’action envisagent de se rassembler devant le siège du parlement où sera votée une motion de censure contre le gouvernement. Le nombre de grévistes ne cesse d’augmenter. Les syndicats ont annoncé attendre 100.000 personnes. Les manifestants tiennent des panneaux sur lesquels on peut lire des slogans antigouvernementaux.
Pour plus d’informations lire : http://humanite.fr/24_10_2010-rouma...
Grèce :
C’est d’abord en Grèce qu’a été lancée la course à l’austérité européenne. En piste, les institutions de l’UE qui ont mis le pays sous tutelle, le gouvernement, qui défend bec et ongles, « la rigueur », et les syndicats et partis progressistes, déterminés à s’opposer à la « purge » annoncée. De nombreuses grèves générales ont eut lieu depuis février dernier et la mise en place du plan d’austérité dans ce pays. Au menu : le report de deux ans, à soixante-trois ans et demi, de l’âge moyen de départ en retraite, des réductions des salaires des fonctionnaires, des ponctions sur les dépenses sociales, une hausse de la TVA...Du 25 au 29 octobre, c’est au tour du service ferroviaire d’être paralysé par la grève contre la réforme de privatisation menée par le gouvernement social-démocrate (PASOK). Les 7 et 14 novembre prochains les grecs se rendront par ailleurs aux élections régionales et locales dans un climat de défiance vis à vis des mesures catastrophiques du gouvernement au niveau social.

République Tchèque :
Entre 40 000 et 50 000 personnes ont manifesté le 21 octobre dernier à Prague, l’une des plus grosses manifestations depuis 20 ans. Dans le pays, pourtant peu coutumier jusqu’ici des grandes initiatives syndicales et du mouvement social, la résistance populaire s’organise contre le programme de « rigueur » du gouvernement, en particulier sous l’égide des salariés des services et de la fonction publics, particulièrement touchés. Une baisse des salaires de la fonction publique de 10% à 43%, rien moins ! Voilà ce qu’avaient concocté les experts gouvernementaux et qui a fait descendre dans la rue pratiquement toutes les catégories de fonctionnaires, jusqu’aux policiers.
Pour plus d’infos, lire : http://humanite.fr/20_10_2010-du-c%...
Espagne :
La grève générale du 29 septembre dernier a été un succès et va peser sur les choix économiques et sociaux de l’équipe au pouvoir. Plus de cent cortèges ont sillonné le pays. La participation, très forte, était totale dans certains secteurs industriels. Comme ailleurs, sont visées les mesures déjà décidées telles que la baisse des salaires des fonctionnaires, la réduction de l’investissement public, mais aussi les projets visant à reculer l’âge de la retraite, à supprimer l’aide publique aux chômeurs n’ayant plus de ressources. Mais cette mobilisation elle est aussi le signe d’une évolution, du tout début d’un changement dans le paysage politique espagnol avec la réapparition d’une conflictualité sociale et les prémices d’un débat alternatif aux orientations néolibérales de la droite et du Psoe, qui se sont succédé au pouvoir depuis la chute du franquisme.
Pour plus d’infos, lire : http://humanite.fr/29_09_2010-succ%...
Portugal :
Grève générale le 24 novembre ; appel à une manifestation le 6 novembre des salariés de la fonction publique ; manifestation le 20 novembre contre l’Otan qui tient son sommet à Lisbonne ; remise le 12 octobre de 20 000 pétitions à l’Assemblée nationale contre la précarité des jeunes à l’initiative de la CGT du Portugal (CGTP) ; nouvelle action le 15 devant le même Parlement là où le premier ministre socialiste José Socrates présente le budget 2011. Ce troisième plan dit de « stabilité et croissance » (PEC) de son mandat prévoit notamment une baisse de 5 % de la masse salariale de la fonction publique, une hausse de deux points de la TVA à 23%, le gel des retraites et la diminution du revenu minimum d’insertion. Au lendemain des grandes manifestations qui ont secoué l’Europe le 29 septembre et qui avaient rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Lisbonne et à Porto, la CGTP a annoncé une grève générale de vingt-quatre heur
es, largement plébiscitée par une population éreintée par un taux de précarité à 23% et de chômage à 11%. Signe fort du mécontentement croissant, la direction de l’Union générale des travailleurs (UGT), la deuxième centrale syndicale portugaise et proche du Parti socialiste au pouvoir, a dû sous la pression de sa base se joindre à l’appel de la grève. Le 23 janvier prochain auront lieu les elections présidentielles dans un climat de defiance vis à vis du gouvernement.

Italie :
La rentrée est chargée en Italie. Le 8 octobre, 300 000 chercheurs, enseignants, lycéens et étudiants sont descendus dans les rues. Le 14, un sit-in était organisé aux alentours de la Chambre des députés à Rome où est discuté un projet de loi sur la rech
erche. La réforme Gelmini, du nom de la ministre de l’Education du gouvernement Berlusconi, passe mal. Elle prévoit des aménagements pour tout le système scolaire italien : de l’école primaire (cours d’éducation civique, maître d’école unique…) au lycée (renforcement de l’enseignement de l’anglais…). Point d’achoppement : la réforme prévoit une baisse des crédits (7,4 milliards d’euros de moins entre 2009 et 2012) pour l’éducation et des suppressions de postes d’enseignant (87 400 postes d’enseignants et 45 000 emplois administratifs). Les lycéens sont montés au créneau, rejoints par les étudiants qui, eux, protestent contre l’adoption d’une loi rédigée par le ministre de la Fonction publique, Renato Brunetta, et celui du Trésor, Giulio Tremonti. Dans le privé, ce sont les métallurgistes qui mobilisent. Une manifestation de toutes les catégories de travailleurs est prévue pour le 27 novembre par la CGIL, en attendant des actions seront organisées tous les jours par les travailleurs, étudiants et élus locaux.
Irlande :
Fidèle aux diktats de Bruxelles, le gouvernement a lancé en 2008 une politique d’austérité. Et ce n’est pas fini, pour revenir dans les normes européennes (3% de déficit) en 2014, la Banque centrale nationale appelle à faire de nouvelles saignées dans les dépenses publiques : non pas 3 mais 4 milliards d’euros. Pour les Irlandais, la politique antisociale a un goût amer. On e
nvisage la fin de la gratuité de l’eau, la privatisation de certaines entreprises publiques. Il y a déjà un prélèvement de 7,5% sur les salaires des fonctionnaires, en attendant d’ultérieures baisses de rémunérations. Certaines retraites ont été diminuées. En septembre 2009, 100 000 Irlandais étaient déjà descendus dans la rue contre les mesures antisociales, à l’appel du Congrès irlandais des syndicats. Le parti de gauche Sinn Féin appelle les Irlandais à manifester le 4 décembre.
Pour plus d’info : http://humanite.fr/07_10_2010-le-mo...
Allemagne :
En Allemagne, les sidérurgistes ont obtenu, après quelques grèves d’avertissement, 3,6% d’augmentation et l’alignement des rémunérations des intérimaires sur celles des employés permanents, foulant aux pieds la sacro-sainte « modération salariale ». Celle-là même qui était pourtant défendue initialement par la confédération des syndicats allemands (DGB) puisque fruit d’un consensus négocié entre partenaires sociaux. Mais les temps changent. Le même DGB organise aujourd’hui un « automne chaud », multipliant les rendez-vous pour exiger des hausses de salaires ou le rejet du plan de rigueur du gouvernement Merkel, qui affecte d’abord les plus pauvres. Le 26 octobre c’est les cheminots de la compagnie publique Deutsche Bahn, ainsi que chez six compagnies ferroviaires privées qui ont débrayé créant ainsi d’importants arrêts du trafic en signe d’avertissement pour obtenir une grille salariale unique entre public et privé.

Le 29 septembre dernier, plus de 120 000 personnes manifestaient à Bruxelles à l’appel de la Confédération
Européenne des Syndicats (CES) contre les plans d’austérité imposés par l’Union Européenne. De Lisbonne, au Portugal, à Bucarest, en Roumanie, en passant par Nantes ou Nice, Riga, en Lettonie,
Varsovie, en Pologne, Helsinki, en Finlande, ou Rome, en Italie, au moins une quinzaine de rassemblements se sont tenus le même jour dans toute l’Europe. La Fédération Mondiale des Syndicats
(FSM) en appelle quant à elle à la poursuite du combat jusqu’à l’abrogation de ces mesures antisociales et apporte par ailleurs son soutien aux mobilisations en France comme dans les autres
pays.
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Les communistes et syndicalistes de classe du monde entier solidaires avec la lutte des travailleurs français prise comme un exemple à suivre
Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
L'internationalisme prolétarien et la solidarité internationaliste sont au cœur même de notre engagement de communistes. Habitués sur ce site à exprimer notre solidarité avec la lutte des travailleurs, le combat des communistes, dans des circonstances parfois difficiles, dans le monde entier, il est revigorant de constater qu'une telle conception de l'internationalisme est encore dominante dans les mouvements ouvriers d'une bonne partie du globe.
Plusieurs partis communistes ont déjà adressé des messages de soutien aux travailleurs français en lutte, et aux organisations de classe qui mènent le combat. Le Parti Travail de Belgique (PTB) a adressé une « lettre de solidarité avec le peuple français »dans laquelle le PTB félicite « un exemple de détermination, de résistance et d'unité ». Pour le PTB, « la classe ouvrière française, une nouvelle fois à l'avant-garde de la lutte (…) nous montre la voie à suivre ». Le Parti communiste du Luxembourg (KPL)se joint également à « la lutte sans merci que vous menez pour défendre vos acquis sociaux et vos droits, eux mêmes conquis de haute lutte »et appelle à ce que « tous les travailleurs d'Europe (…) descendent eux aussi dans la rue pour exprimer leur colère et leur opposition à ces mesures. »
Des communistes les yeux tournés vers « l'exemple Français »
Les autres communistes européens suivent le mouvement par leur presse partisane, et en tirent des leçons pour leur mouvement.
Nos camarades portugais d'Avante! notent semaine après semaine la radicalisation du mouvement, son amplification et tentent ainsi de donner de la vigueur au mouvement analogue qui se dessine au Portugal avec la grève générale du 24 novembre en perspective. Certains communistes portugais, comme ceux dirigeant le site O Diario parlent déjà d' « exemple de la France ». Nos camarades anglais du Morning Star consacrent presque chaque jour leur une internationale à la France, et comparent avec regret le mouvement atone anglais sous hégémonie travailliste à l'ébullition sociale en France, où la tradition révolutionnaire représentée par le PCF et la CGT est encore vivace. Jusqu'à nos camarades grecs du KKE, et leur organe Rizospastis, qui ont désormais les yeux tournés vers la France, et y voient plus qu'un relais à la lutte qu'ils ont entamé il y a un an de cela et qui ne s'essouffle toujours pas.
Mais les échos du mouvement traversent les mers. Sur le continent américain, les communistes colombiens évoquent une grève contre le néo-libéralisme qui pourrait bientôt devenir un nouveau « Mai 68 ». Nos camarades péruviens, vénézueliens, cubains, états-uniens – dans les contextes nationaux divers dans lesquels se déploie leur lutte et pour laquelle ils essaient de dresser des parallèles – suivent également avec attention les événements en France.
Le Parti communiste brésilien (PCB)vient même de publier une note politique où il exprime « son soutien total à la lutte des travailleurs français »et caractérise également le mouvement français « d'exemple pour les travailleurs de toute l'Europe et du monde entier ».
« Faire comme en France »,
En Espagne et en Italie, le mouvement français est mis en
avant par les forces révolutionnaires, pour faire bouger les lignes dans le mouvement politique et syndical représentant cette tradition.
Plusieurs fédérations politiques du PCE et syndicales des CC.OO appellent à amplifier le mouvement après la grève du 29 septembre et à prendre comme exemple. Le journal reconstructeur (cad, pour la reconstruction du PCE) La Republica titrait même dernièrement, en français dans le texte: « Vive la classe ouvrière française! » après la journée du 15 octobre.
En Italie, le mot d'ordre « Fare come in Francia »(Faire comme en France) monte de plus en plus depuis la base des partis communistes et des syndicats de tradition révolutionnaire. Il trouve désormais un écho tant à la direction du PdCI(Parti des communistes italiens) qu'à celle du PRC(Parti de la refondation communiste). Face à une direction syndicale de la CGIL trop timorée, c'est sa branche métallurgiste de la FIOM qui a montré l'exemple le 16 octobre dernier, portant plus d'un million de métallos dans les rues de Rome.
De la Belgique au Brésil, de l'Allemagne à l'Afrique noire: la lutte des travailleurs français suscite
solidarité syndicale et aiguise l'esprit de lutte!
Les syndicalistes apportent aussi désormais leur soutien, notamment par la voix d'un communiqué de
la Fédération syndicale mondiale (FSM) dans lequel la
FSM « salue la lutte grandiose des travailleurs, des jeunes travailleurs, des
lycéens en France, qui se renforce jour après jour, et elle exprime sa solidarité internationaliste et profonde avec cette lutte ».

Sans surprise, le PAME grec et la CGTP-IN portugaise ont déjà exprimé leur entière solidarité avec le mouvement en cours. Le premier syndicat allemand DSB avec ses 7 millions de membres a adressé le 21 octobre dernier une lettre de soutien au secrétaire-général de la CGT dans laquelle nos camarades allemands tiennent à nous confirmer que « les expériences en Allemagne ont montré que l'allongement de l'âge de départ à la retraite n'a pas rendu la retraite plus sûre ». Pour la DSB, travailleurs allemands et français doivent mener une lutte commune contre cette politique « socialement injuste et qui conduit à la privatisation des systèmes de sécurité sociale ».
En Belgique, la FGTB,et sa branche CGSP, ont déjà dépassé la simple solidarité verbale avec le mouvement des travailleurs français et sont passés aux actes, en contribuant au blocage de plusieurs dépôts pétroliers dans le pays.
Encore une fois, la solidarité va bien au-delà du continent européen. Du syndicat de masse brésilien (3 millions d'adhérents) critique envers le
lulisme Conlutas au LKP guadeloupéen qui avait montré la voie aux travailleurs métropolitains en passant par
la DISK(Confédération des syndicats révolutionnaires) turque et ses 400 000 syndiqués. Tous ont déjà envoyé un message de solidarité adressé à la CGT. Tout comme des
dizaines de syndicats d'Afrique noire francophone – de Madagascar, de Djibouti, de la Cote d'Ivoire, du Sénégal, du Burundi, du Tchad ou encore du Burkina Faso – ont également exprimé leur
soutien et leur solidarité au syndicat représentant historiquement la lutte de classe en France.

Car tous y voient une lutte menée sur territoire Français au nom des travailleurs du monde entier.